Faire de l’information le remède

[Reportage] La femme se fête avec des pierres sur la tête dans le Gontougo

Pour nourrir la famille
0 151

Pendant que ce marteau retentit et gicle des morceaux de pierres dans leurs yeux, des corporations féministes s’endimanchent à l’effigie du pagne national dédié à la journée de la femme. C’est la fête ! Elles mangent, elles boivent et dansent avec les officiels. Le coût de leur joie éphéméride correspond aux revenus annuels de ces femmes qui concassent des pierres pour survivre. Et, lorsque la soif survient n’ont pas d’autres choix que de boire de l’eau impotable. Ce pagne prétendument dédié à la femme leur achète un gel hydro-alcoolique et du savon en ces temps de propagation virale. 

Dans le département de Sandégué, à l’ouest de Bondoukou, de nombreuses femmes luttent leurs survies entre des marteaux et des pierres qu’elles doivent transformer en gravillons. Elles se rendent, en effet, au cours de la journée sur différents sites. Outre, exposées à un mélange confus de poussière, ces femmes sont privées d’eau.

Assises à même le sol, elles sont parfois sur des morceaux de pagnes pour atténuer l’insalubrité et les risques hygiéniques. Avec des barres de fer dans leurs mains, ces femmes frappent des grosses pierres, du quartz pour la plupart, disloquées en gravillons et destinées à plusieurs types d’industries. Singulièrement la construction, mais, ce minéral sert aussi dans l’électronique.

L’accès à un logement décent en Côte d’Ivoire n’est pas à la portée de ces dames. Après plusieurs jours de durs labeurs, elles n’obtiendront que 3000 F CFA ou moins(5$). « Il faut former de grands tas de gravillons, en un temps record pour espérer… », révèle Dame Traoré.  Pour se faire elles organisent comme elles peuvent ce travail pénible. Les tâches sont biens définies pour chacune des membres de l’équipe. « Il y a les ramasseuses de pierres. Leur rôle est de rassembler des particules pierres se trouvant sur le site. Une fois la bassine remplie, ces pierres sont remises aux casseuses qui se chargent de les rendre en gravillon. Un autre membre a pour tâche de les mettre en tas », détaille-t-elle. Généralement l’équipe est constituée des membres d’une même famille. Mère, fille, grande mère, tous y participent. Des élèves pratiquent cette activité à l’instar de Safiatou, élève en 5ième, qui s’y rend pour « aider sa grand- mère », à ses heures de libres. A l’échelle nationale la pauvreté affecte directement plus de 40% de la population. Le gouvernement de Côte d’Ivoire prédit une baisse à 35%. Ces prévisions étaient annoncées avant la crise sanitaire mondiale du Covid-19.

A Bondoukou, chef-lieu de région, la célébration officielle de la journée internationale de la femme a été savourée ce 08 mars avec faste comme sur toute l’étendue du territoire national. Les Femmes ont été « honorées » par une mobilisation remarquable des organisations de défense des droits humains. Cependant, à côté des pas de danses des filles élèves du CAFOP, les jambes crampées des “concasseuses de pierres” étaient oubliées.  Défilés, prestations artistiques, danses, remises de trophées et de jeux de maillots, récompenses aux “femmes Leaders”, ont meublé la cérémonie. Loin de cette agitation, des femmes du département de Sandégué, l’un des cinq(5) départements de la région du Gontougo, ont  célébré cette journée en « cassant des pierres ». Avec des outils rudimentaires, sans assurance santé ni protections, à quelques encablures de la sous-préfecture où se trouve l’un des sites.

L’économie informelle en Côte d’Ivoire participe à 40% du PIB et reste tenue par la femme en majorité. Le Gontougo occupe respectivement le deuxième et le troisième rang en nombre de grossesses en milieu scolaire, au primaire et dans l’enseignement secondaire. La scolarisation de la jeune fille dans cette région est reconnue comme un défi majeur. Sauf que, les familles ont de profondes difficultés accompagner y parvenir.

Trouver d’autres sources de revenus pour nourrir la famille

Dans cette zone, le niveau de pauvreté est élevé. Toutes les femmes rencontrées sont unanimes. Cette activité contribue à peine à la sécurité alimentaire de leur famille. «  Ici la principale source de revenus est la noix de cajou. La production étant périodique, il faut trouver d’autres sources de revenus pour nourrir la famille », confie Ouattara Mariam. Puis de regretter, «  malheureusement le fruit de notre travail est payé à vil prix par des promoteurs immobiliers. »

Une barrique de graviers est achetée à  2500, parfois à 3000 F CFA. Des petits pots de bassine appelés communément ‘’Gbagbo’’  servent de pesée. Il faut donc huit(8) petits pots pour remplir une barrique. Au détail, le pot fait 300 F CFA. Le calcul variationnel peut être très complexe pour joindre les deux bouts. «  Parfois, il faut plusieurs jours voire des semaines avant la vente d’un tas de gravillons », conviennent ces femmes battantes et solidaires. Ces multiples souffrances n’empêchent pas ces braves dames de se dévouer dans l’exercice de cette activité.

A Sandégué, l’accès à l’eau potable est encore un rêve de vie comme dans plusieurs villes de Côte d’Ivoire, dont Abidjan. Il faut se rendre au puits et compter sur la pluie. Pour freiner l’expansion du Covid-19 à l’intérieur du pays le gouvernement à limiter les déplacements. Les craintes qu’une catastrophe survienne par des contaminations communautaires élargies en zone précaire sont réelles et persistantes.

A lire aussi

L'essentiel

Appréciations

En bref