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SOS « Allaitement précaire de l’enfant »

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Le bébé crie à tue-tête. La fillette est assise à même le sol. Sa mère semble ne pas s’en préoccuper. La nourrice rêve dans un lot de vêtements. Elle cherche la tenue idéale pour sa sortie de ce soir avec ses copines. Il est 18h passées, et une dizaine de dames attend avec impatience devant la maisonnette.

« A-t-elle mangé ? », interroge l’une d’elles. La mère répond par la négation tout en précisant que la fillette refuse tout repas. « À part le sein, elle ne mange rien d’autre alors qu’elle a maintenant huit (8) mois ». À l’en croire, cette préférence de sa fille pour le sein lui « pompe de l’énergie » qu’elle doit compenser personnellement en mangeant beaucoup. Elle n’hésite donc pas à prendre du Koutoukou, pour « creuser l’appétit ». Cette boisson artisanale a tué plusieurs personnes dans le district d’Abidjan durant le premier semestre de l’année 2019. Qu’importe !

« Assez régulièrement, voire tous les week-ends, nous sortons entre copines pour nous faire plaisir », explique la nourrice. Bière, koutoukou, vin… Elle ne croit pas à des risques sanitaires sur son bébé. « Je ne pense pas que ma consommation d’alcool soit dangereuse pour l’enfant. D’autres femmes ici ont bu pendant leurs grossesses et pendant l’allaitement. Les enfants vont bien aujourd’hui », se dédouane-t-elle. À côté, Christelle signifie avoir consommé assez régulièrement du koutoukou pendant sa grossesse et sa fille née il y’a cinq ans ne porte pas de stigmates.

Dans ce club de jeunes dames mariées, on trouve aussi des jeunes filles célibataires. Certaines ont déjà enfanté, d’autres non. Lors des sorties comme ce soir, ça ne choque pas de voir une nourrice dans le « bateau ». « L’enfant ne sera pas noyé », lance l’une des doyennes de l’équipe avec un sourire désinvolte. « La Mama » est mère d’un garçon de sept ans. Son dernier nourrisson est mort il y’a quelques mois, les causes sont inconnues.

Loin de ce club, Charlotte allaite son bébé du même âge, 8 mois. Cette nourrice habite un quartier assaini, son époux a accès à un travail décent. Depuis son accouchement, ils remarquent ensemble une baisse d’appétit chez la nourrice. Cependant, elle explique ne pas pouvoir prendre ne serait-ce que des vitamines vendues en pharmacie. « Le médecin me l’a déconseillé vu que j’allaite. Pas question de prendre de l’alcool par ailleurs », tranche Charlotte. Son bébé se déplace à quatre pattes dans tous les sens de la maison. Plein de vigueur, il se tient debout, peut-on constater lors de la visite. Il est prêt à passer à l’étape des premiers pas. À l’opposé, Marie, la fillette de l’autre nourrice, reste assise. Elle ne bouge pas. Sa mère est à sa troisième naissance contre une seule pour Charlotte. Depuis, la mère de Marie a toujours consommé de l’alcool pendant la grossesse et l’allaitement, raconte-t-elle.

Odile, une tradi-praticienne interrogée sur la question de l’adéquation allaitement-alcool, déconseille la consommation de l’alcool quand on donne du sein. Pour elle, tout ce que la nourrice consomme peut atterrir dans le lait. Il convient donc de s’en priver, sinon d’en boire de façon modérée. La pharmacopée locale est très sollicitée lors des maternités en Côte d’Ivoire et en Afrique. Si cette dame s’appuie sur des connaissances empiriques, plusieurs études d’experts abondent dans le même sens. Le Centre de ressources sur la maternité, les nouveau-nés et le développement des jeunes enfants de l’Ontario au Canada estime que « la consommation excessive d’alcool par une mère qui allaite peut nuire à l’écoulement du lait et entrainer plusieurs effets indésirables chez le nourrisson ».  Entres autres, l’altération du développement moteur, le changement des habitudes de sommeil, la diminution de la quantité de lait absorbée ou des risques d’hypoglycémie. Ce d’autant que le taux d’alcool contenu dans le sang de la mère est pareil à celui dans le lait. En France, un cas « d’ébriété » d’un nourrisson de huit (8) jours a déjà été enregistré.

Parallèlement, la consommation de l’alcool pendant la grossesse représente des risques multiples pour le fœtus. Contrairement à une conception répandue en Côte d’Ivoire où certaines femmes enceintes disent en consommer pour « nettoyer le teint du bébé ». Selon une étude de l’Agence sanitaire santé publique France publiée fin 2018, « le syndrome d’alcoolisation fœtale est la première cause de handicap mental non génétique à la naissance et d’inadaptation sociale de l’enfant ». L’étude précise que l’alcool traverse le placenta et est toxique pour le bébé. Ainsi, un bébé naît chaque jour en France avec des troubles liés à l’alcool pendant la grossesse. Au Cameroun et en Côte d’Ivoire, qui ne serait pas curieux d’en savoir un peu plus?

Surtout, quand loin des versions officielles, une Sage-femme confie, elle-même, avoir consommé de l’alcool pendant sa grossesse et durant la post-partum.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) conseille l’allaitement maternel. La meilleure alimentation pour les nourrissons, sans équivoque. Elle revêt des avantages multiples tant pour la santé de l’enfant que pour sa croissance physique et neurologique. Sans substances polluantes.

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