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Pollution de l’eau: maladies et risques à gogo

Chez Jérôme: l'oasis du quartier Sokoura
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Perchée sur une coline à l’extrémité de la ville, cette maternité, la seule pour une population de près de 33 000 habitants, manque cruellement d’eau. Depuis plusieurs années, les robinets restent asséchés toute la journée. Stériles pendant des nuits souvent. Des pénuries graves qui persistent jusqu’en saisons pluvieuses, dans un pays ou la mortalité maternelle score au niveau mondial. Tous les services du centre de santé urbain de Guibéroua, au centre ouest de la Côte d’Ivoire, sont concernés par les pénuries d’eau. Une double peine pour les agents de cet hôpital d’autant que les ménages ne sont pas épargnés. Pris entre veilles et va-et-vient au marigot pour recueillir de l’eau pour les domiciles. L’inquiétude des ruptures de stocks pendant le service pèse aussi. Un forage vient soulager les agents de santé. Mais, l’eau manque en Côte d’Ivoire et sa mauvaise qualité affecte.

Là, devant la porte principale du domicile familial de Jérôme, des piles de fûts sont entassés. D’autres dispersés dans la cours. « C’est ainsi dans toute la ville. Chaque foyer a ses bidons ou des barriques pour recueillir de l’eau », explique Jérôme pour qui la famille « est très chanceuse ». Elle vit à proximité d’un bas-fond. Le puits dans la cours voisine est un oasis pour le quartier où plusieurs familles s’approvisionnent. Sarah, au centre-ville, parcours des distances plus longues : « Les robinets ne servent plus que de décoration ». L’hygiène devient délétère. Au niveau national, la défécation à l’air libre caracole à 20% en milieu urbain et passe au double (40%) en milieu rural. Conséquentiel : 53,6% des sources d’eau abritent des matières fécales.

Une « crise invisible de l’eau »

Le rapport de la Banque mondiale sur la question de l’eau dans le monde n’apporte aucune assurance. Selon l’institution financière, le monde est confronté à une « crise invisible de l’eau ». Car, outre les pénuries, sa qualité est douteuse, marquée par des sources de pollutions diverses.
À Abidjan, la tutelle n’a pas écarté les risques malgré un vaste programme qui principalement a amélioré les abonnements. Fin mars, en visite des infrastructures d’eau potable dans la commune la plus peuplée, Yopougon, confrontée aussi à des pénuries récurrentes, le ministre ivoirien de l’hydraulique Laurent Thagba s’est inquiété de « risque de pollution dû à des fosses septiques des habitations » situées dans le périmètre de protection. Les responsabilités des ménages sont indexées. Cependant, l’aiguille du compteur d’eau polluée pointe du doigts les gouvernants.

En effet, a Hiré, des analyses ont relevé une pollution de l’eau après maintes plaintes de populations riveraines à une mine d’extraction aurifère. Aucune suite rassurante des pouvoirs publics pour protéger les vies sur l’ensemble du territoire.
Dimbokro, localité sévèrement affectée par l’orpaillage clandestin, enregistre des taux élevés de pneumonie dont les agents pathogènes, des bactéries, se trouvent dans l’eau et le sol. Avant, la contamination des aliments.

Nappes phréatiques, cours d’eau à la surface, les sources d’eau mondiales reçoivent des flots de polluants issus de fertilisants pour l’agriculture, de produits utilisés dans l’industrie minière ou pharmaceutique. Des substances toxiques telles que le mercure, le nitrate sont désormais dans le quotidien des populations. Cette dernière citée peut causer des retards de croissance et de développement cérébral chez les enfants exposés à des degrés élevés dans leurs trois premières années. Trente-trois pays africains sont concernés par la pollution au nitrate. Un probable cancérogène.

L’étude de la Banque mondiale « démontre comment la conjonction de bactéries, d’eaux usées et de produits chimiques et plastiques peut extirper l’oxygène de l’approvisionnement en eau et transformer l’eau en poison pour les êtres humains et les écosystèmes ».

Comme à Hiré, le district sanitaire de Mankono dans le Nord, enregistre de nouvelles infections. Une trentaine de morts suspectes.
La mauvaise qualité de l’eau a des conséquences insoupçonnées. Elle réduit la croissance économique d’un tiers. L’eau est un droit vital et fondamental que les profits économiques doivent garantir. Qui pour y veiller en priorité sinon la bonne conscience des gouvernants.

En Afrique, la santé depuis la petite enfance est menacée. Atteindre 15 ans est un challenge. Des épisodes diarrhéiques sont en tête des maladies durant l’enfance en Côte d’Ivoire, avec 15,2% des cas. Les milieux urbains présentent les mêmes risques.

Plus perceptibles, les désastres écologiques enregistrés chaque année. À Abidjan, le poumon économique de la Côte d’Ivoire, où les usines des zones industrielles polluent l’air, l’eau sans garantir un travail décent aux employés, le regard se tourne vers le leadership politique moribond.
Des milliers de cadavres de poissons ont été découverts au premier semestre 2019, répandus sur une surface de 1,5 kilomètres, soit le long de plus de 10 terrains de foot. Loin des conclusions simplistes, c’est un cas grave répété et non isolé, des analyses approfondies s’imposent pour anticiper. Bien plus, le Gabon a connu pareille situation ainsi que la France cette année. Les aléas environnementaux et sanitaires décuplés par le dérèglement climatique transcendent les frontières.

À côté, la salinité des eaux et par ricochet des terres fait perdre au monde l’équivalent de la nourriture nécessaire pour un pays comme le Bangladesh, 170 millions d’habitants. Alors que, la sécurité des espaces maritimes est un défi entier dans le golf de guinée. Les portes de pollutions des eaux sont béantes devant chaque gouvernement local et sous-régional.

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