Afrique Pacifique

Racket-19 aux frontières terrestres CEDEAO

 Racket-19 aux frontières terrestres CEDEAO

Les conséquences de la pandémie mondiale Covid-19 sur l’économie et la mobilité en Afrique de l’ouest demeurent problématiques, bien plus que dans les pays en alerte maximale. Une intensification du racket aux frontières terrestres galope compte tenu de la fermeture officielle des frontières aux voyageurs. Ce racket-19 soutire les modestes revenus des familles livrées dans une insécurité totale et un chantage exponentiel écœurant.

27 millions de personnes dans l’espace CEDEAO se trouvent exposées à une urgente insécurité alimentaire. Ce chiffre correspond à l’ensemble des habitants de la Côte d’Ivoire en 2021. Aux difficultés de mobilité liées à la sécurité en Afrique de l’ouest, s’ajoutent celles entraînées par les mesures Covid-19, dont la restriction des voyages transfrontaliers terrestres.

Bientôt minuit, ce car vient d’arriver d’Abidjan. La compagnie de transport a promis aux passagers qu’ils seront transportés en sécurité jusqu’à Sikasso et Bamako. Mais, une fois arrivés à la frontière, tout change au détriment des voyageurs, après avoir supportés plusieurs chantages financiers le long du trajet.
Ces citoyens de la CEDEAO, pour la plupart, passent la nuit dans les rues et le froid. Les femmes urinent à la sauvette. La localité frontalière de Pogo devient le cauchemar de ce voyage terrestre Côte d’Ivoire – Mali interdit par les autorités. Avec l’argumentaire de limiter les contagions du virus Covid-19 en Afrique de l’ouest.

En réalité, à toutes les frontières terrestres de la Côte d’Ivoire, par exemple, les déplacements individuels se poursuivent. Les raisons sont le plus souvent vitales et familiales. Walid va rejoindre son grand frère au Sénégal pour y travailler. Dès 5h du matin, comme ce jeune d’une trentaine d’année, tout le monde sursaute et lutte pour être transporté par les motocyclistes qui affluent. Par vingtaines les conducteurs arrivent et les négociations bouillonnent. Ce business prend un essor malgré l’insécurité. D’autres déboursent jusqu’à 12 000 FCFA en fonction de leurs bagages, en plus du racket le long des barrages et d’un ticket au prix de famine, qui finalement aura servi uniquement pour le trajet Abidjan – Pogo. Pour un coût variable haussier, porté jusqu’à 35 000 FCFA.

Après quelques minutes de trajet sur le bitume, plusieurs bifurcations des deux roues commencent, dans les broussailles, pour contourner le barrage officiel. Ces parades dangereuses bénéficient d’une planification préalable non dévoilée aux voyageurs. Autant de forces de l’ordre ivoiriennes que maliennes sont présentent sur les pistes empruntées. Et, elles s’adonnent à nouveau, avec le maximum de chantages, au racket à des transporteurs comme passagers. Ce racket-19, vu son niveau exponentiel, continue jusqu’à Zégoua. Davantage le long des routes pour Sikasso, Bamako, et sans exception pour rejoindre le Sénégal.

« Depuis la fermeture des frontières, il y a de nouvelles pratiques qui ont été développés », nous confie en toute discrétion cet étudiant au Ghana. « Si vous voulez passer par l’eau ou par la route, il y a le prix », remarque-t-il. Ces voyages clandestins exposent les vies de nombreux citoyens de l’espace CEDEAO, des décès camouflés animent les conversations le long des trajets. A Takikro, comme à Noé ou par Assinie, les coûts varient entre 20 000 et 50 000 selon la fréquence du voyageur et les contacts développés sur place. « Il faut avoir de bons rapports avec les passeurs qui t’aident à passer », conseille ce voyageur. En effet, si les équipes des forces de l’ordre s’interchangent, les passeurs pour la plupart réguliers connaissent les équipes aux postes de contrôle des deux pays.

Suite à un périple soldé par un braquage après Ouangolodougou, ce tâcheron Burkinabè décident de ne plus voyager. Il préfère attendre la réouverture des gares de train. Désormais, rien que pour le transport, les citoyens contraints à ces voyages clandestins déboursent au moins 100 mille francs pour arriver à destination.

Le coût du racket sur ces voies transfrontalières précitées peut atteindre de manière imprévisible 50 000 FCFA ou même plus. Une corruption accrue par les mesures pour limiter la propagation de la pandémie Covid-19. Alors que, pour le respect des mesures barrières, les politiques peinent à donner l’exemple et promeuvent des rassemblements de propagandes. Sans doute, le comportement des forces de l’ordre aux barrages et postes frontaliers obéit à la même logique. Aux constatations, la fermeture des frontières n’est pas une mesure pour limiter l’insécurité sanitaire, mais pour instaurer le racket-19, en toute complicité. Pourtant, la montée de la corruption du racket-19 se signalait déjà lors de la surveillance sanitaire à l’intérieur des pays. Faire baisser le coût du test Covid-19 au aéroport à 25 000 FCFA dans l’Uemoa ne résout pas les défis sécuritaires globaux et la précarité économiques entretenues par des décisions sans suivi ou inadaptées. A Yendéré, au Burkina, les deux contrôles de la gendarmerie nationale et de la police nationale réclament 2000 FCFA chacun, en toute sérénité. Sauf que, le meilleur allié des forces de l’ordre, c’est une population redevable grâce à la confiance sociale construite. Nul besoin de rappeler la multiplication des attaques armées, dans l’espace CEDEAO, en direction de zones géostratégiques.

A lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

[an error occurred while processing this directive]
P