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Audrey Azoulay: « Nous devons repenser l’éducation(…) »

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A 14 ans, Guibahi Laurent a déjoué tous les dispositifs de sécurité de l’aéroport international Felix Houphouët Boigny d’Abidjan pour espérer rejoindre Paris. Cet adolescent qui a eu accès au premier cycle de l’enseignement secondaire dans ce pays pauvre n’a aucune espérance en l’école. Enfants, adolescents et jeunes dans leur ensemble se heurtent à une triste lisibilité sur l’avenir.

En Côte d’Ivoire, nombreux sont ces enfants qui n’ont pu avoir accès aux classes du primaire. Ils sont 20 654 pour l’année 2018-2019 seulement au décompte des impossibilités d’inscriptions au CP1. Des mineurs analphabètes en provenance de ce pays continuent de traverser la méditerranéen pour avoir accès à un mieux-être. Les capacités d’accueil insuffisantes des infrastructures éducatives existantes restent l’une des causes principales de cette déscolarisation depuis la base, à côté de l’âge avancé des enfants.

Pour ceux qui sont admis dans le circuit éducatif, 33 689 victimes de violences dès l’école primaire sont enregistrés. L’agence locale de l’Unicef alerte sur les « conditions difficiles ou dangereuses » dans lesquelles travaillent de façon générale 21% des enfants âgés de 5 à 17 ans dans cet Etat en situation de stabilité relative.

Dans des pays voisins comme le Mali et le Burkina, la catastrophe qui frappe le système éducatif est indescriptible. Et pendant ce temps, le nombre de millionnaires et de milliardaires sur ce continent et dans le monde accroissent les fortunes. 2 153 milliardaires du globe possèdent plus que 60% de la population mondiale surligne l’Ong Oxfam. Aux alentours de l’Aéroport d’Abidjan après le décès de cet enfant de 14 ans, des centaines de familles pauvres sont déguerpies. Ce sont des milliers d’enfants dont l’éducation devient plus vulnérable. A Yopougon, commune la plus peuplée d’Abidjan d’où provient Guibahi Laurent, au moment de son voyage suicidaire, des activités génératrices de revenus qui permettent à ces mères et pères de familles de protéger leurs progénitures sont détruites sans ménagement en cascade. L’éducation a donné le pouvoir de brimer, d’escroquer, de capter le fisc et d’instaurer des lois controversées.

« Nous devons repenser l’éducation, ce que nous apprenons, comment nous apprenons, parce que l’éducation doit transmettre des valeurs et doit aussi préparer le monde de demain », plaide Audrey Azoulay, Directrice de l’Unesco. Une expérience réussie dans plusieurs pays scandinaves peut-on remarquer.

Le fléau de la pauvreté des apprentissages, l’insécurité imposée par les crises armées, la misère des familles et la vulnérabilité sanitaire déstabilisent les efforts de croissance des enfants en Afrique et dans plusieurs autres régions du monde.

« 617 millions d’enfants et adolescents dans le monde ne savent ni lire ni écrire ni faire des calculs de base ». La responsabilité dans l’espace francophone, riche de sa jeunesse et de cette immense créativité en commun, est à l’épreuve de l’accès équitable à l’éducation du primaire au cycle universitaire.

 

 

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