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Diplôme sent connasse, smartphone et prison

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« Il me faut un smarthphone de toute urgence », martèle Hélène en compagnie de ses amies de classe. Ce n’est pas un simple groupe de clavardages entre copines amies de classe. C’est « notre arme secrète pour l’examen », lancent-elles sous des éclats de rires. Ces jeunes filles espèrent recevoir les corrections des sujets lors des épreuves du Baccalauréat, prévues dans une poignée de jours. Prêtes à séduire et user de ruses.
Une enquête récente de Afrique Pacifique en Côte d’Ivoire a révélé plusieurs fuites lors du BEPC 2019, déroulé il y a quelques jours. L’usage du téléphone bien qu’interdit n’est pas respecté. Les diplômes sentent la triche au smartphone. Le ministère de tutelle ne trouve pas mieux que l’emprisonnement des coupables.

La fraude au mobile est un phénomène répandu en Côte d’Ivoire et dans bien de pays. Certains gouvernements optent pour des mesures globales et déploient de nouvelles anticipations chaque année pour contrer la tricherie en profondeur. Cependant à Abidjan, la tutelle rempile avec la stratégie des années précédentes dans l’ensemble : interdiction des téléphones portables dans les centres d’examens, interdiction de composer sur plusieurs années en cas de prise en flagrant délit de tricherie, menaces de radiation d’enseignants participant à la fraude… Mais, alors que la tutelle se veut rassurante sur ces barrières dissuasives et correctionnelles, les épreuves du BEPC, première étape des examens à grands tirages, achevées vendredi 21 juin montrent une fois de plus des failles dans le système. Des fuites d’épreuves, des corrections effectuées pendant la composition, et bien d’autres techniques de tricherie sont enregistrées. Aucun aménagement n’est annoncé pour corriger le tir à l’annonce de ces scandales. Le battage médiatique de verdicts juridiques d’emprisonnement est brandi. 12 mois de prison ferme et 6 mois pour quatre enseignants et une élève, respectivement.
Priver d’éducation un fraudeur, est-ce une solution durable? Un voleur est-il privé d’argent ou de nourriture ?

Le niveau scolaire est en baisse en Côte d’Ivoire. Fousséni, étudiant à Ouagadougou explique être souvent confronté à une remise en question de ses compétences quand il annonce ses diplômes acquis en Côte d’Ivoire. « Certains pensent que tous ceux qui ont obtenu le BAC en Côte d’Ivoire n’ont pas le niveau », regrette ce jeune Burkinabè titulaire d’un BAC D avec mention très bien, obtenu il y’a bientôt dix (10) ans chez le voisin ivoirien. Mais depuis cette décennie l’école ivoirienne est minée par tout ce qui peut lui être nuisible. Grèves consécutives, violences et tricheries.

S’inspirer d’autres modèles

En 2016, plusieurs cas de fraudes ont été enregistrés en Algérie pendant le BAC. Depuis, les autorités locales sortent la grande artillerie lors des examens. Des centaines de brouilleurs de téléphones portables sont déployés dans les centres, des caméras de surveillance installées dans les salles. La Mauritanie opte pour la coupure d’Internet pendant les heures de composition. Pour la Tunisie, toutes ces dispositions ne vont pas sans une éducation civique. Le pays entreprend des campagnes de sensibilisations dans les médias traditionnels, et sur les réseaux sociaux. Il faut inculquer le goût de l’excellence tout en améliorant de façon qualitative le système éducatif via des reformes adaptées aux réalités locales. S’il y a tricherie générale, c’est l’ensemble des acteurs qui est à la barre et s’accusent. Une introspection inclusive.

Dans le groupe de la jeune Hélène, toutes sont sûres d’accéder à leurs salles de composition avec leurs téléphones, sans se faire prendre à la fouille au corps. La corruption digitale ne manque pas d’audace. La connasse !
Ministère, enseignants et personnels administratifs dans l’ensemble se parlent comme des voyous. La jeunesse assiste et demain assure la relève. Voici le cercle vicieux qui minent le système éducatif depuis plusieurs décennies.

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