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[DOSSIER] EAU POTABLE POUR TOUS

De l'or mais pas d'eau

Zanguié: Accès à l'eau potable
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« Notre monde suffoque. Tandis que la terre est exploitée sans limite par une course effrénée aux richesses, de trop nombreuses populations vivent dans une grande pauvreté, subissent discriminations ou violences …. », interpelle la journaliste philosophe dans Devenir Vivants. Au cœur de cette vie sur la planète bleue se trouve une molécule : l’eau (H2O). L’exclusivité du précieux liquide sur la terre à plus de 70% comme dans l’être humain nourrisson et dans les végétaux, nourritures biologiques, pose en perfusion l’accessibilité vitale et totale d’eau potable pour toutes populations. Située en Afrique de l’ouest dans le golf de guinée, la Côte d’Ivoire espère atteindre une couverture générale « au cours des dix(10) prochaines années », augure SEM Richard Bell, Ambassadeur des USA en Côte d’Ivoire. Une décennie supplémentaire de vies mises en péril dans des zones où l’or brille.

Richesses et environnement bidons

Souvent des cadavres sont retrouvés dans des puits en Côte d’Ivoire. Les zones rurales et urbaines dans lesquelles cette source d’eau souterraine constitue l’accès principal à l’eau sont pléthoriques. Ici à Tengrela, à une demi-heure du centre-ville, l’entreprise australienne Perseus Mining exploite le sous-sol pour en tirer le maximum d’or. Cet enseignant, lui, ne demande que de l’eau dans son puits dans cette zone où la sècheresse frappe. « Je n’ai pas d’eau courante, j’ai un puits. On va acheter des bidons ou des sachets chez les vendeurs qui disposent d’un forage ». Cette vulnérabilité sanitaire et ces coûts supplémentaires freinent la motivation des fonctionnaires à exercer dans les localités discriminées. Le code minier adopté par l’Assemblée nationale prévoit le fonctionnement opérationnel d’un Comité de développement local minier (CDML) pour « la mise en œuvre des projets de développement économique et social pour les communautés locales », selon son article 125. Après deux années de fonctionnement, ce CDML brandit un centre de santé et des formations qualifiantes. Mais, il faudra avoir l’endurance d’un dromadaire pour en être impacté car la ville aurifère de Tengrela souffre d’un manque criard d’eau potable. En plus de ses 12 villages bénéficiaires de seulement 0,5% du chiffre d’affaire annuel de la mine d’or.
En progressant vers le Mali à quelques kilomètres, plus d’or et moins d’eau. Ce pays voisin est le quatrième producteur d’or africain avec une quinzaine de mines d’où sortent 61tonnes. Cependant, la couleur de l’eau à Gao pareille à celle des chameaux constituent une insécurité majeure à côté des groupes armés. « Au Mali, seulement la moitié environ des écoles dispose d’un point d’eau amélioré et moins de 20 % des écoles disposent de toilettes fonctionnelles », rapporte l’Unicef. Une atroce réalité signalée aussi en Côte d’Ivoire où « une famille sur cinq n’a pas accès à l’eau potable », rajoute l’agence onusienne, décriant les retards de croissance subséquents chez des millions d’enfants.
Depuis 1958, les écoles primaires publiques 2 et 4  du groupe scolaire Zanguié, legs de la mission catholique, n’ont ni eau ni électricité. Les enseignants affectés dans ce village se retrouvent au pied de la pompe hydraulique quand elle fonctionne, avec leurs élèves. Pour témoigner leur respect aux formateurs certains enfants et femmes supportent la corvée du ravitaillement. L’orpaillage clandestin gangrène dans la localité et les risques de pollution de l’eau liés à ce fléau demeurent méconnus. A quatre kilomètres, au sein du chef-lieu de département nommé Oumé, les quartiers Gotha, Sokoura, Gatazra attendent toujours un approvisionnent régulier en eau potable. Pendant ce temps, les dépenses s’orientent vers la consommation d’eau contenue dans les sachets plastiques.

Espoirs douchés

Il y a dix ans, l’arrivée de l’industrie extractive a fait miroiter la fin des calvaires pour les services sociaux de bases, dont l’accès à l’eau potable pour tous. Des milliards sortent de terre mais l’impact sur les populations se perçoit au compte-gouttes. Des véhicules offerts supportent le fardeau des routes délabrées, des centres de santé, des formations en élevage brandis… Sauf que, les ménages s’abreuvent avec autant de craintes que le bétail.
« Dans ma zone c’est très difficile. A partir de novembre, décembre, janvier, février, pendant la saison sèche, c’est très difficile. Tout le monde se projette vers l’eau de puits en parcourant souvent de longues distances », témoigne ce jeune muté dans la région de Gontougo, riche en manganèse. Et d’insister, « Namassi, Sandégué, Kouassidatékro, Sénandé, c’est pareil partout. Nous achetons des bidons pour conserver l’eau. Le transport et le remplissage de 20 bidons d’une vingtaine de litres au forage coûte 1500 FCFA (3dollars) ». Si vous avez une famille, le budget s’alourdit et le stress hydrique devient source de conflits permanents. Surtout que, sur l’ensemble du territoire ivoirien, au moins dix(10) millions de personnes endurent la pauvreté, à en croire la Banque mondiale.

Le projet Gouvernance régionale du secteur extractif en Afrique de l’ouest (GRSE) ambitionne de construire un dialogue d’impact entre investisseurs miniers et communautés locales. Les besoins d’eau potable sautent aux yeux. Sans accès régulier d’eau à proximité, l’inconfort des jeunes filles pendant les règles s’accentue, la pression des travaux ménagers et leur déscolarisation apparient. « Que l’on se situe d’un point de vue social ou environnemental, l’urgence s’impose de construire un monde qui établisse de nouvelles relations avec le vivant », réitère l’auteure de Devenir Vivants, Severine Kodjo-grandvaux. En Côte d’Ivoire, l’irrégularité de l’eau potable dans les ménages est générale. Plus de cinq millions de personnes survivent privées d’eau et exposées à toutes sortes de vulnérabilités. L’industrie aurifère génère 641 milliards FCFA suite à l’extraction dans des régions concernées par des pénuries d’eau morbides et mortifères.

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