Afrique Pacifique

Chercher l’or et mourrir de faim

 Chercher l’or et mourrir de faim

A Tengrela la ruée des femmes vers des poisons dorés au détriment des champs interpelle. « Nos jeunes ne jurent plus que par l’or et ont délaissé les champs, Ils se droguent alors que nos femmes s’adonnent à la prostitution ». Un an déjà que Monsieur Seydou Koné, troisième adjoint au maire de la ville de Tengrela dans le Nord de la Côte d’Ivoire, confie sa désolation à la presse. La situation s’est aggravée depuis.

Aujourd’hui, les puits de l’orpaillage clandestin happent davantage les populations de la région des savanes. De plus en plus de femmes abandonnent des activités séculaires et de survie comme l’agriculture pour se retrouver sur les sites d’orpaillage. Dans la manipulation hautement risquée du mercure et du cyanure. Les cas d’abandons scolaires sont nombreux par ailleurs. Ici, « c’est l’or ou rien », constate-t-on. Les élèves peinent à trouver des aliments à la maison et dans les cantines scolaires.
La pauvreté gangrène en zone rurale, malgré l’embellie de la croissance économique du pays. Qui des parents ou des enfants pour sensibiliser sur la dangerosité du phénomène de l’orpaillage clandestin ? Les messages de sensibilisation ne semblent pas atténuer la fièvre de l’or dans cette zone comme dans plusieurs régions du pays autant exposées.

Hormis la partie septentrionale, le centre, l’ouest, l’est et le sud de la Côte d’Ivoire sont conquis par l’orpaillage. Le fléau gagne du terrain alors que les mesures de répressions se brandissent. Des plantations détruites, des terres cultivables et des cours d’eaux polluées. L’agriculture devient impraticable sur plusieurs surfaces. Le pays peine à se nourrir malgré ses potentialités géographiques, hydrauliques favorables à l’agriculture, pourtant. Il a perdu son statut de pays forestier.

Combattre l’orpaillage clandestin constitue un défi majeur tant il touche le social, l’économie, l’éducation socioculturelle et environnementale, au cœur des populations.

L’espoir d’un changement se construit autour de projets de quelques acteurs. Les autorités locales de Tengrela ne veulent pas baisser les bras. Porteurs de projets adaptés aux réalités locales, elles souhaitent retirer progressivement leurs populations des sites d’orpaillage clandestin. «L’orpaillage prend fin », ce souhait répété comme le perroquet reste un leurre pour l’heure. L’agriculture ne trahit pas, cependant l’argent rapide attire. Les femmes de la région sont formées aux nouvelles techniques agricoles notamment dans la culture du maraicher.
L’objectif; sortir les femmes du piège de l’orpaillage par le développement d’activités génératrices de revenus. Sans oublier que les récoltes peuvent contribuer à asseoir une sécurité alimentaire à l’échelle de la famille partant au niveau national. Surtout, de manière durable. Outre, l’agriculture reste une valeur culturelle pour les populations de la région des savanes.

Tengrela, à la frontière avec le Mali, se trouvent menacée à l’instar des autres villes du nord de la Côte d’Ivoire par des groupes armés. La pauvreté constitue une des principales causes d’enrôlement des groupes terroristes parmi les populations, sans oublier la prédation subséquente à de telles menaces. Solutionner les problèmes sociaux peut être un mécanisme efficace contre le terrorisme en multipliant le suivi de messages véhiculés par les industries culturelles et créatives. « L’orpaillage prend fin, le maraîcher jamais », sensibilise Hébroubo Boureima, sous-préfet de Débété.

 

Cyril Verb. 

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